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Le symbole est fort. Entre le 29 et le 31 mars, le président de Serbie, Tomislav Nikolic, s’est rendu en Chine pour sa dernière visite officielle, trois jours seulement avant que les électeurs serbes se rendent aux urnes pour désigner son successeur, dimanche 2 avril. L’homme politique s’est vu remettre le titre de « citoyen d’honneur » de la ville de Pékin. Le président chinois Xi Jinping et lui ont rappelé leur volonté de renforcer la coopération économique entre leurs deux pays et, plus largement, l’ensemble des Balkans.

De fait, l’empire du Milieu s’emploie à renforcer sa présence dans la région depuis plusieurs années. « Celle-ci passe beaucoup par le développement d’infrastructures », explique Dragan Pavlicevic, spécialiste des relations entre la Chine et les Balkans à l’université de Singapour. En 2014, Pékin a ainsi créé un fonds de coopération qui investira 10 milliards d’euros en Europe centrale et orientale.

En 2016, l’entreprise publique chinoise China Everbright Limited a racheté l’aéroport de Tirana, en Albanie. La banque publique China Exim Bank finance la construction d’autoroutes en Macédoine et au Monténégro, tandis qu’en Serbie, la China Road and Bridge Corporation a bâti le pont de Pupin au-dessus du Danube, à Belgrade. Inauguré en 2014, ce « pont de l’amitié sino-serbe » a coûté 170 millions d’euros, financés à 85 % par un prêt de la China Exim Bank.

Construction d’une ligne de train à haute vitesse

Mais le projet le plus symbolique est la construction d’une ligne de train à haute vitesse entre Athènes et Budapest, la capitale hongroise, passant par la Macédoine et Belgrade, la capitale serbe. Le tronçon Budapest-Belgrade devrait être inauguré au mois de juin. A terme, il permettra de faire circuler des marchandises depuis le port grec du Pirée, passé sous pavillon chinois en 2010, jusqu’à l’Europe centrale.

« Pour Pékin, ce corridor entre la mer Egée et le cœur du Vieux Continent est stratégique, explique Barthélémy Courmont, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques. Il s’agit de la partie occidentale de sa nouvelle route de la soie, également appelée One Belt, One Road (“une ceinture, une route”). » Lancé en 2013, ce projet pharaonique reliera la Chine à l’Europe par les voies ferroviaires et maritimes. Grâce aux milliers de ponts, gares et chemins de fer construits, le géant asiatique pourra acheminer plus rapidement ses marchandises vers l’ouest.

Au sein des Balkans, la Serbie et ses 7,1 millions d’habitants sont le partenaire pivot de l’empire du Milieu. « Les deux pays entretiennent des liens d’amitié depuis 1949, qui se sont poursuivis tout au long de l’ère yougoslave », rappelle M. Courmont. En 2009, ils ont signé un partenariat stratégique, à la suite duquel leurs relations se sont intensifiées. « Politiquement, la Chine soutient également la position de la Serbie, qui ne reconnaît pas l’indépendance du Kosovo », note Florent Marciacq, spécialiste des Balkans à l’université du Luxembourg.

Opacité des financements

Pour Belgrade et ses voisins, les investissements chinois sont l’opportunité de financer les infrastructures dont ils ont cruellement besoin. Certes, la Croatie et la Roumanie, membres de l’Union européenne (UE), bénéficient aussi des fonds structurels européens.

De même, les pays non membres mais candidats, comme la Serbie, l’Albanie ou le Monténégro, profitent de soutiens européens pour construire routes et voix ferrées. Mais ces derniers sont assortis de conditions de transparence, normes et de procédures complexes. « Les Chinois, eux, ne demandent rien, tout va plus vite : pragmatiques, les gouvernements de la région en profitent », commente M. Pavlicevic. « Nous sommes un petit pays : attirer de tels investissements est pour nous essentiel », détaille Vladimir Krulj, conseiller économique auprès du gouvernement serbe pour l’intégration à l’UE.

Dr Vladimir KruljReste une question-clé : cette omniprésence chinoise peut-elle nuire à la candidature de la Serbie, du Monténégro, de l’Albanie et de la Macédoine à l’UE, ou permettra-t-elle, au contraire, de l’accélérer ? « 64 % de nos échanges commerciaux se font avec l’UE, nous fournissons beaucoup d’efforts afin de remplir les critères exigés pour l’adhésion », assure M. Krulj.Si le développement des infrastructures favorise la convergence vers les standards européens, l’opacité des financements chinois peut en revanche se révéler problématique, soulignent les experts. « Dans tous les cas, l’UE devra apprendre à dialoguer avec ce partenaire chinois, de plus en plus présent dans la région », conclut M. Marciacq.
http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/04/01/la-chine-se-renforce-dans-les-balkans-pour-deployer-sa-nouvelle-route-de-la-soie_5104292_3234.html#wyOYHxCdvcbdJ4BZ.99

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